positionneur

LOGO POUR SITE

CÉRÉMONIE DU 8 MAI

Discours de M. Gérard LENEVEU, Maire

 Mesdames, Messieurs,

Dans ces derniers jours du printemps 1944, les Gibervillais et les habitants de notre région étaient loin d'imaginer que notre sol allait vivre pendant plusieurs jours et plusieurs semaines, des moments historiques, mais meurtriers.
Ils n'imaginaient pas que la plus grande bataille militaire de l'histoire, engageant des milliers d'hommes et de femmes, mais aussi mettant en péril les populations civiles, allait se dérouler.
Pour parcourir ce chemin vers la liberté, une liberté tant attendue depuis quatre années, il faudra passer par des moments effroyables faits de souffrances, de désespoir, de peur et de terreur, de sacrifices et de malheur, de larmes et de cris, de déchirements et d'adieux, de douleur et de sang, de fuites et d'exode, d'injustice et de colère, de fumées et de ruines, de nuits interminables, de faim et de rationnement, de brimades, de décombres et de chaos...
Des mots, des instants, des moments, des images qui résonnent toujours aujourd'hui dans la tête et dans le cœur de ceux qui étaient là...

 

ces hommes, ces femmes et ces enfants, témoins innocents de cette guerre qu'ils n'avaient pas voulue mais subie, dans la souffrance et l'attente de la libération.
Sur ce chemin de liberté, certains croiseront la mort... eux, qui étaient là parce que justement ils étaient chez eux, surpris dans leur quotidien de vie, à la ferme, au travail, dans leur ville ou leur quartier, au détour d'une route ou d'un bois.
A Giberville, ce sont 21 habitantes et habitants qui ont péri et de nombreux blessés.
20 000 Normands seront tués durant ce terrible été, et beaucoup plus encore, blessés ou meurtris à jamais dans leur chair.

Nous sommes là, aujourd'hui, pour ne pas oublier et rappeler à tous le prix de leur sacrifice.
La majorité de nos villes de Normandie, et du Calvados en particulier, disparaîtront au cours de cet été sous les tapis de bombes, de fer et de décombres ; notre commune a été, quant à elle, détruite à près de 70 %.
Une terre meurtrie, anéantie, sans vie, sans souffle, des paysages de désolation.
Des images d'exode et de souffrance sur nos routes, des familles disloquées éparpillées, comme l'a montré Jean Quellien, vendredi, lors de sa conférence.
Aucune famille ne sera épargnée par la perte d'un proche, d'un voisin, ou bien d'une connaissance. Le temps viendra, avec la liberté retrouvée, apaiser les souffrances, sans oublier. Il faudra avancer pour espérer... reconstruire pour vivre... vivre pour reconstruire...
Si l'on peut relever les ruines, rebâtir les maisons, on ne peut, par contre, redonner la vie aux hommes et aux femmes qui ont péri.
Durant cette trop longue bataille, militaire et civile, ils étaient avant tout des hommes empreints de liberté et de démocratie... que les hasards de l'histoire plongeraient dans la tragédie et l'horreur.
Alors qu'aujourd'hui, les trois couleurs de notre étendard flottent fièrement au vent, souvenons-nous de celles et ceux qui perdirent la vie pour sauver celle des autres.
Souvenons-nous des peines et des blessures. Souvenons-nous des jeunesses sacrifiées, des libertés sans lendemain. Souvenons-nous de ceux qui perdirent tout en un instant, en une fraction de seconde, au hasard du passage des bombes ou des colonnes ennemies.

Notre municipalité, décorée de la croix de guerre, n'oubliera jamais ces blessures. Alors même que le bruit des armes s'est tu depuis longtemps, que les plaies se sont lentement refermées, non sans laisser de profondes cicatrices, il est venu, année après année, commémoration après commémoration, le temps de la mémoire et celui de la reconnaissance éternelle pour tout ce sang versé.
Et si après, nous avons toujours cette chance de vivre en paix avec nos voisins, il ne faut jamais oublier ceux à qui nous devons cette liberté chérie, nos libérateurs Canadiens, les résistants, de nombreuses et nombreux anonymes.
Afin que se construise la mémoire collective, une mémoire aujourd'hui apaisée, réconciliée et vivante, il faut que ces heures noires, ces souvenirs d'hier, vivent encore et toujours dans notre quotidien, dans celui de nos enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants, d'autant plus qu' aujourd'hui certains comme Marine Le Pen, son père et son parti d'extrême droite, refont l'histoire et dernièrement encore, en niant la responsabilité de l'état Français dans la rafle du val d'hiv.

Votre présence ce matin est la marque de notre volonté partagée de faire vivre ce passé, de le commémorer, pour que les jeunes générations n'oublient pas le prix des sacrifices des nombreux civils morts pour cette France que nous aimons tant.
Ils ont été des bâtisseurs de paix, martyrs d'un combat pour la liberté.
Par nos paroles et nos pensées, nous sommes venus dire notre éternelle reconnaissance, notre éternelle gratitude à toutes ces victimes civiles.

Souvenons-nous, longtemps et pour l'éternité, de leurs suprêmes sacrifices.

Les nombreux conflits dans le monde, notamment en Syrie en Irak, nous rappellent, à chaque instant, le prix cher de la liberté.
Que nos pensées d'hommes libres de ce matin puissent être partagées et puissent arriver jusqu'à eux pour les aider, comme nous hier, à traverser les heures sombres de leur histoire et rejoindre les rives de l'espérance, de la concorde et de la paix.
Je tiens à remercier Jean Quellien qui a animé brillamment la conférence débat vendredi soir et qui contribue largement dans ses écrits et ses conférences à cultiver le devoir de mémoire.
Remercier Philippe Heuzé et Jacques Godey pour m'avoir accompagné dans cet hommage. Jacques qui m'a suggéré de compléter la liste des victimes civiles sur nos monuments aux morts.

Giberville, ville pour la paix, est fière de son passé, fière de rendre cet hommage, car il est toujours important de se souvenir pour la construction d'un avenir positif aux générations futures.

Avant de terminer, je me permets de lire deux passages du livre de Gérard Gautier habitant Giberville à l'époque et il témoigne, dans ce passage intitulé « La vie sous abri »
« Chaque jour, dans le vacarme assourdissant permanent et le danger grandissant, de nouveaux arrivants intégraient l'abri.
Il y avait là, ainsi réunie, une petite communauté hétéroclite faite de voisins, avec leurs gamins, dont des réfugiés polonais. Ils habitaient après la petite voie ferrée qui rejoignait celle de Rouen. La gouaille du jeune et turbulent amuseur de galerie, Sanis, ami de jeu préféré des enfants de la maisonnée, aidait à dissiper la lourde atmosphère.
Chaque nouvelle arrivée, guidée vers ce qui était pour eux, un havre de sécurité, apportait son lot de surprises.
Il en allait ainsi de ce couple qui ne semblait pas être connu des autres occupants. Leur salut fut discret, comme l'était leur attitude. La jeune femme, un peu prostrée, serrait contre elle, enveloppé dans une couverture, ce qui devait être un bébé.
Tous s'inquiétaient de voir la manière dont elle serrait son bébé au risque de l'étouffer. Dans l'ambiance feutrée, confinée, chacun restait concentré sur les échos inquiétants de l'extérieur.
La maison donnait l'impression, par moments, chutes de gravats, bruits de tuiles éclatées être elle-même la cible des combats. »
Fin de citation

Autre passage
« Aussi, dans la matinée du samedi 24 juin, qui bénéficia du répit d'une providentielle accalmie, l'évacuation commença.
Très peu d'habitants disposaient d'un véhicule automobile, mais à quoi celui-ci aurait-il servi sans carburant. Pour ce qui concernait la famille de Gégé, la charrette d'un voisin ferait l'affaire.
Celui-ci avait accepté de leur prêter Taupin, son vieux compagnon de cheval, un percheron au pelage bai foncé.
Le chargement avait été fait, dans l'urgence, avec le strict minimum. Avaient été empilés à la hâte, tant bien que mal, les équipements les plus nécessaires, un ou deux matelas des couvertures, quelques souvenirs et objets les plus précieux et chargés d'émotions. »
Fin de citation

Je vous remercie de votre attention.


 

giberville 15
giberville 12